LA PERTE DE PRIMES DES CADRES TERRITORIAUX SUFFIT-ELLE VRAIMENT À PROUVER L’URGENCE ?

Vous êtes ici : Accueil > Actualités > LA PERTE DE PRIMES DES CADRES TERRITORIAUX SUFFIT-ELLE VRAIMENT À PROUVER L’URGENCE ?
Hier
LA PERTE DE PRIMES DES CADRES TERRITORIAUX SUFFIT-ELLE VRAIMENT À PROUVER L’URGENCE ?
Le Conseil d’État refuse de suspendre la réforme indemnitaire : traitement maintenu, baisse temporaire et preuves à réunir en référé.

Conseil d'État, Juge des référés, 04/08/2026, 517813, Inédit au recueil Lebon

 

Pourquoi la perte de primes n’a-t-elle pas suffi à établir l’urgence ?

Plusieurs associations de cadres territoriaux demandaient au juge des référés du Conseil d’État de suspendre l’exécution du décret n° 2026-487 du 10 juin 2026 relatif au régime indemnitaire de certains emplois administratifs supérieurs de la fonction publique territoriale.

Elles ne contestaient pas la réforme dans son principe, mais sa date et ses modalités d’entrée en vigueur. Elles faisaient valoir que la suppression, au 1er juillet 2026, de la nouvelle bonification indiciaire et de la prime de responsabilité concernait près de 5 000 agents et pouvait provoquer, selon les situations, une baisse supérieure à mille euros par mois.

Les collectivités n’auraient disposé que de trois semaines pour mettre en œuvre la réforme, notamment en adoptant les délibérations nécessaires. L’arrêté ministériel indispensable n’était intervenu que le 3 juillet 2026, après la date d’entrée en vigueur invoquée.

L’article L. 521-1 du code de justice administrative permet de suspendre une décision lorsque deux conditions sont réunies : l’urgence doit le justifier et un moyen doit être propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision.

L’urgence suppose une atteinte suffisamment grave et immédiate. Elle est appréciée concrètement, selon les preuves produites et l’ensemble des circonstances.

Le juge reconnaît que la situation est regrettable pour les agents et leurs employeurs. Il relève toutefois que les intéressés continuent de percevoir l’intégralité de leur traitement et que la difficulté devrait prochainement prendre fin. Même substantielle, la perte temporaire de primes ne caractérisait donc pas, dans cette instance collective, une urgence justifiant la suspension du décret avant le jugement au fond.

 

Comment préparer un référé lié à une baisse de rémunération ?

Le rejet ne signifie pas qu’une diminution de rémunération ne peut jamais caractériser l’urgence. Il montre que l’ampleur de la perte ne doit pas être présentée isolément.

Pour un dossier individuel, l’agent doit constituer une chronologie précise :

  • bulletin de paie précédant la réforme ;
  • premier bulletin faisant apparaître la baisse ;
  • décision individuelle ou élément expliquant le calcul ;
  • montant mensuel et cumulé du manque à gagner ;
  • part respective du traitement et des primes ;
  • charges incompressibles et conséquences concrètes sur la situation personnelle ;
  • durée prévisible de la baisse ;
  • démarches adressées à l’employeur et réponses obtenues ;
  • date et contenu de la délibération indemnitaire applicable.

L’agent doit expliquer pourquoi le préjudice ne peut pas attendre le jugement au fond. Une simple affirmation de perte financière est moins probante qu’un tableau daté, rapproché des bulletins et des charges effectivement supportées.

La collectivité doit, de son côté :

  • identifier les emplois entrant réellement dans le champ du décret ;
  • dater l’abrogation des accessoires antérieurs ;
  • adopter les délibérations nécessaires dans le respect des compétences de l’organe délibérant ;
  • paramétrer la paie et contrôler les premiers versements ;
  • notifier clairement les décisions individuelles utiles ;
  • informer les agents du calendrier de mise en œuvre ;
  • conserver les calculs et les mesures prises pour limiter une rupture temporaire de rémunération.

Le Conseil d’État a rejeté les requêtes sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, sans instruction ni audience, faute d’urgence. Il ne s’est donc pas prononcé sur l’existence d’un doute sérieux concernant la légalité de l’entrée en vigueur du décret. Le contentieux au fond demeure distinct.

Avant tout référé, il faut enfin vérifier l’acte à contester, la qualité du requérant, la requête au fond déjà déposée ou concomitante, ainsi que les voies et délais de recours. La décision ne fixe pas un délai uniforme propre à toutes les situations individuelles.

Articles similaires :

Dans le cadre du contentieux en matière de régime indemnitaire et de référé-suspension des agents territoriaux, le Cabinet Lapuelle est disponible pour vous accompagner.
Vous pouvez également trouver sur le lien suivant, de nombreux modèles de courriers, notes juridiques et guides en matière de droit public général, qui sont à votre disposition sur le site Lapuelle Juridique.
Pour toute autre question, vous pouvez contacter votre cabinet juridique ou prendre rendez-vous.