UN ACCORD DE CONFIDENTIALITÉ PEUT-IL ÊTRE COMMUNIQUÉ MALGRÉ LE SECRET DES AFFAIRES ?

Vous êtes ici : Accueil > Actualités > UN ACCORD DE CONFIDENTIALITÉ PEUT-IL ÊTRE COMMUNIQUÉ MALGRÉ LE SECRET DES AFFAIRES ?
Hier
UN ACCORD DE CONFIDENTIALITÉ PEUT-IL ÊTRE COMMUNIQUÉ MALGRÉ LE SECRET DES AFFAIRES ?
Un accord confidentiel détenu par un établissement public peut être communiqué après occultation des clauses réellement protégées par le secret des affaires.

CE, 27 juillet 2026, n° 503420

 

Un accord confidentiel est-il nécessairement soustrait à la communication ?

Non. L’intitulé donné au document et la volonté des signataires de préserver sa confidentialité ne suffisent pas à le soustraire au droit d’accès aux documents administratifs.

L’affaire concernait un accord conclu en juin 2022 entre l’Institut polytechnique de Paris et la société LVMH au sujet d’un projet de recherche.

Le Conseil d’État rappelle que les documents détenus par un établissement public dans le cadre de sa mission de service public constituent des documents administratifs au sens de l’article L. 300-2 du code des relations entre le public et l’administration. Cette qualification peut notamment concerner les contrats et accords conclus avec des entreprises privées.

Le secret des affaires reste néanmoins opposable. Il peut protéger les informations relatives :

  • aux procédés et savoir-faire ;
  • aux informations économiques et financières ;
  • aux stratégies commerciales ou industrielles ;
  • aux intérêts des entreprises cocontractantes.

Cette protection peut être invoquée même lorsque l’établissement public concerné n’exerce pas lui-même une activité industrielle ou commerciale. Elle protège également les secrets des autres signataires.

L’administration ne peut cependant pas opposer globalement la présence d’une clause de confidentialité. En application de l’article L. 311-7 du code des relations entre le public et l’administration, elle doit examiner si les passages protégés peuvent être occultés ou matériellement séparés.

Dans l’affaire jugée, l’accord litigieux était achevé et ne présentait donc plus un caractère préparatoire. Ses clauses se limitaient à des stipulations générales. Elles ne révélaient aucun procédé concret, aucune donnée économique ou financière précise et aucune stratégie commerciale protégée.

Le Conseil d’État ordonne par conséquent la communication de l’accord dans un délai d’un mois.

 

Quelle démarche suivre pour obtenir ou communiquer le document ?

La demande initiale doit permettre d’identifier suffisamment le document, même si son intitulé exact n’est pas connu. Il est utile de préciser :

  • l’établissement détenteur ;
  • les parties concernées ;
  • l’objet supposé de l’accord ;
  • la période de signature ;
  • le format de communication souhaité.

La demande doit être formulée par écrit et sa date de réception conservée. Le silence de l’administration pendant plus d’un mois vaut, en principe, décision de refus.

En cas de refus exprès ou tacite, la saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs constitue un recours préalable obligatoire avant le recours contentieux. Elle doit intervenir dans un délai de deux mois suivant le refus.

L’auteur de la demande doit joindre :

  • sa demande initiale ;
  • l’accusé de réception ou la preuve de son envoi ;
  • la réponse de l’administration, lorsqu’elle existe ;
  • une description précise du document recherché.

L’administration qui reçoit une demande doit, de son côté, effectuer une analyse clause par clause. Elle peut préparer deux versions : une version complète conservée au dossier et une version communicable occultant uniquement les mentions protégées.

Après l’enregistrement de la demande par la CADA, l’administration dispose de deux mois pour confirmer ou modifier sa position. Son silence fait naître une nouvelle décision implicite susceptible de recours devant le tribunal administratif.

En pratique, il convient de :

  • vérifier si le document est achevé ou encore préparatoire ;
  • identifier le régime juridique de chaque information ;
  • expliquer concrètement le préjudice que causerait sa divulgation ;
  • occulter seulement les passages réellement protégés ;
  • communiquer le reste du document ;
  • conserver une copie de chaque version et la justification des occultations ;
  • surveiller les délais de saisine de la CADA et du juge.

Articles et ressources similaires :

Dans le cadre du contentieux en matière d’accès aux documents administratifs et de protection du secret des affaires, le Cabinet Lapuelle est disponible pour vous accompagner.
Vous pouvez également trouver sur le lien suivant, de nombreux modèles de courriers, notes juridiques et guides en matière de droit public général, qui sont à votre disposition sur le site Lapuelle Juridique.
Pour toute autre question, vous pouvez contacter votre cabinet juridique ou prendre rendez-vous.